En novembre, je lisais
les mots. Une petite phrases, non pas de de celles qu'on retient ou sur lesquelles on disserte, une petite phrase sur les cinémas me plongea dans un abîme de mélancolie. Cette nuit-là, je la passai dans tous les cinémas lausannois.
En décembre, j'ai reçu une bouteille de blanc, du Belmont. Je l'ai bue en février. Je fis un repas, l'oeil légèrement humide, avec des coteaux plein la tête, couleurs du Lavaux, je reprenais l'accent.
Puis j'ai fini
un amour de Swann. La dernière phrase, "dire que j'ai passé..." m'a charrié les brumes et moiteurs broyardes, les puanteurs élégantes des canaux amstellodamois aussi, une photo du café Proust.
En avril, j'ai eu du gruyère. A la seconde, j'habitais à côté de la laiterie, les bruits du tire-boilles m'empêchaient de dormir et j'écrivais un exposé sur la stabulation libre.
En mai, je terminai mon stock de chocolats. Des jolis chocolats avec des photos de montagnes sur les emballages. Je volais à Ollon, accroché à un cerf-volant, cherchant tant mal que bien les vents chauds pour ne pas redescendre trop vite.
Et ce vendredi, j'accompagnais Herisolo qui s'en allait "faire un cabaret" avec quelques musiciens. Avant de passer la nuit à faire danser une jeunesse encostarisée et riche dans une salle tendue de jaune et façadée de vitraux, nous nous sommes retrouvés chez le chef du groupe, le chanteur M Mammy. De jour, médecin chez Air Madagascar - une bonne place- il enfile la nuit un long manteau blanc et devient Julio Iglesias (eh oui !).

Il habite avec femme et enfants un minuscule appartement où nous nous sommes serrés à dix l'espace d'une répétition. La chaîne hi-fi tient au salon autant de place que le sofa, la chambre à coucher est cloisonnée d'un simple voile blanc. C'est cosy tout de même et dénote une certaine aisance. Enfoncé dans un fauteuil cubique, j'éprouvais une sensation étrange. Une sorte de familiarité mêlée à l'impression de ne pas être tout à fait au bon endroit. Une inidentifiable incongruité ne me mettait qu'à moitié à mon aise. Nous sommes resté longtemps dans cette pièce, assez pour me laisser le temps de chercher. Peu à peu s'est faite la certitude que le parfum d'ambiance était la cause de mes questions. Une odeur légèrement acidulée, fraîche, qui imiterait mal le pin sans ouvertement être désagréable. Un parfum artificiel que j'ai fini par identifier sans erreur possible et qui expliquait bien ce sentiment de décalage. J'étais bien chez moi, mais ce salon sentait le déodorant qu'en Suisse j'utilisais pour les WC...