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Jeudi 15 mai 2008
Comme je me compromet, parfois, j'avoue, à parcourir la version online du 24heures, je suis tombé sur ceci, dans le blog d'un dénommé Hubert Pittet, se réclamant d'un nationalisme qui pour une fois ne me fait pas trop vomir. 
L'image n'est pas très jolie, mais elle m'a fait sourire, du coup je buzze:



Pour les non-suisse, le bébé puni n'est autre que notre LePen à nous, Môssieu Blocher qui ne se remet guère d'un revers démocratique d'il y a quelques mois.

S'il y en a que ça amuse, voici le lien dudit blog:
http://hubertpittet.blog.24heures.ch/

 
par David Lemaire publié dans : divers communauté : Vive le désordre !
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Samedi 17 mars 2007
Bon, je suis rentré en Europe depuis longtemps maintenant. Plus d'un an et demi; je subis régulièrement des attaques de nostalgie. La dernière a surgi alors qu'il me fallait préparer une conférence sur "mon extraordinaire expérience à Madagascar". Je le faisais de mauvaise grâce, il faut bien l'avouer. Je suis rentré depuis trop longtemps que pour encore avoir la fraîcheur et la spontanéité de raconter des histoires prises sur le vif, qui sont les seules intéressantes. Mais bon, c'était une ancienne camarade d'étude qui me l'avait demandé, je n'ai pas osé dire non.

Pour me remettre dans l'ambiance, j'ai farfouillé dans mes vieux papiers. J'avais ramené, outre les photos, deux petits cahiers bondés de préparations de cours et de notes prises au tout venant. Leurs pages étaient tellement fines - économie oblige - qu'elles se sont presque rigidifiées, comme du papier de soie qu'on aurait mouillé et séché au soleil. C'est là que j'ai retrouvé un fragment de texte que je me devais de vous livrer.

Il a pour héros Jean-Luc. Je ne me rappelle plus si je vous ai déjà présenté Jean-Luc ? Il a sûrement été mentionné. C'est un second rôle dans ma vie là-bas, je ne le voyais pas très souvent. Jean-Luc de son métier, est boucher musulman.

Et j’ai une amitié toute particulière pour lui, qui me vend des bouts de zébus. Il ne vend pas de cochon parce qu’il est musulman. Son étalage est dans une halle à l’odeur terrible. Une odeur de viande crue qui ne le quitte jamais. Des mouches partout, des boyaux gonflés d’air – on dirait des baudruches – des chiens bien-sûr, des tripes, des bout de bidoche inidentifiables, des catelles blanches et des toiles cirées. C’est un endroit assez particulier. Je n’ai pas réussi à y faire rentrer ma maman lorsqu’elle est venue me rendre visite.

Monsieur Jean-luc un homme jovial, curieux de tout, à la poignée de main franche et sèche – ce qui est étonnant dans la moiteur ambiante. Il parle étonnement bien francais pour un villageois. Il est venu quelques fois chez moi avec femme et enfants, pour « voir internet ». Il ne comprenait pas trop à quoi ça pouvait servir, mais il voulait apprendre la modernité à sa famille et lire les horoscopes. C'est la seule personne à m'avoir jamais souhaité une "joyeuse Pentecôte !"

Un jour que j’avais soigné mon dîner il débarque tout excité. « Vite, viens, le docteur est là. Prends ton appareil photo, j’ai laissé le vélo en bas. » Je le suis malgré les protestations de mon estomac. Il me met en amazone sur son porte bagages et monte en zigzaguant l’unique route d’Arivonimamo, sous les rires des passants. On arrive dans un jardin. On dirait une cour de récréation : trente mômes se taisent et me regardent. Le docteur est reparti en fait, alors on veut faire des photos. Tout le monde y passe, même le chien.

« tu sais, c’est vraiment une grande journée dans ma maison : on circoncit mon fils, et mon chien aussi…

- ?!

- Oui, mon chien aussi a eut une portée de bébés ce matin.

Mais qu’est-ce qu’il fait ce docteur ? Je suis là depuis bientôt une heure, sous le feu des questions.

-Vous en Europe, vous ne circoncisez pas les enfants ? Et vous n’exhumez pas les morts ? Mais qu’est-ce que vous avez alors comme culture ?

Et moi de ne pas trop savoir comment faire comprendre cette difficulté de nous autres occidentaux à donner un sens et à intégrer dans la vie sociale des événement aussi fondamentaux que la naissance et la mort. Les chrétiens baptisent, on enterre, on brûle, on cache la mort... Je me sens un peu pauvre. Et en tout cas pas dans le rôle du civilisé face aux sauvages.

Il y a un poulet qui, très étrange, ne se ballade pas : il a une patte attachée. On m’explique qu’il aura la tête coupée tout à l’heure.

- Et après on fait boire le sang du bébé pour compenser celui qu’il a perdu.

Un grand-père édenté me confirme en souriant à pleines gencives ce que mes élèves m’avaient appris : c’est lui qui mangera le prépuce coupé, avec une banane. Histoire que la chair de sa chair ne se perde pas.

- Et puis, on doit aussi mettre du fumier dans un mortier, avec une pièce cachée dedans, juste sous le bébé. Après, les hommes fouillent et celui qui trouve la pièce aura un fils dans l’année.

- Et on a encore une autre tradition : c’est de donner plein de cadeau au bébé, pour le consoler : des ballons, des petites choses en plastiques, tu sais, des choses chinoises.

Le docteur arrive enfin. Il a des dents en or, des bottes en fourrures et un joli chapeau. C’est lui qui a décidé de la date, en fonction de la lune. On lui offre… des bananes. Il opère avec un rasoir, un coupe-choux, et un seau d’eau. On m’a positionné juste à côté de lui pour que la famille puisse avoir des photos de ce moment. Autant dire qu’au retour, je n’avais plus très faim.

par Lemaire publié dans : Madagascar
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Mardi 21 juin 2005
Mardi 21 juin, le premier jour de l'été; tu parles. Il fait un froid de canard. Merde
Pas d'électricité, le vent fait tambouriner mes volets, les oies hurlent, les poules courent comme des dératées pour se réchauffer.
Sur la véranda, il fait plus froid encore. Le soleil qui se lève à peine est de l'autre côté de la maison. Du côté où il n'y a pas de fenêtres, à cause du vent.
J'avais de brillants projets pour ce matin: me doucher, me raser, ce sera pour une prochaine fois.
Les volets ne veulent pas rester ouverts, j'allume une bougie. L'évier déborde de  vaisselles, mais le robinet ne pisse qu'un filet d'eau glacée et brune. Je renonce.
Je m'engloutis dans un pull et m'enfile un petit déj. Une cigarette? non, je vais être en retard.

Surveillance d'examen ce matin. C'est long, c'est chiant. J'en profite, au mépris de la consigne pour noter ces quelques lignes. Je m'emmerde, vérifie les absence pour passer le temps. Tiens, Razaah n'est pas là.

Ils trichent, se passent des messages, se copient, discutent à voix basse. Je les vois faire, je n'ai pas le coeur à les punir, mais je montre que je les vois. Ils rigolent gênés, changent de couleur (rouge sur brun, ce n'est pas vraiment rouge, mais je comprends). J'ai beaucoup trop triché quand j'étais à leur place pour ne pas avoir une certaine sympathie pour ces tentatives - toujours les mêmes - de suppléer à sa faiblesse au dérisoire moyen de quelques mots griffonnés sur une gomme que l'on se passe.
Ecrire sur une gomme. J'aime cette absurdité délicate.
Donc je joue à la chasse au tricheur, non sans quelque succès: on n'apprend pas à un vieux singe à s'enfiler des bananes.

La porte vitrée se gratte le dos, c'est Razaah. Il est en retard de vingt minutes, tout essoufflé, il a juste passé une chemise à courte manches sur son pyjama. Ça a dû être dur. Mon ami, comme je te comprends. Il traverse les sourires et s'encastre dans sa place.
Razaah, un petit bonhomme, sympathique avec sa gueule de play-boy; toujours souriant, gentil sans mièvrerie, se la joue cool à ses heures.

Dans mon esprit, il forme un couple avec Niaina. Ce n'est sans doute pas dans mon seul esprit mais aussi dans celui de la demoiselle qui semble le vénérer. Quant à lui, sait-il seulement qu'elle existe ?
Niana est en seconde. Elle est sympa et tout mais un peu spéciale. Comment dire ? Elle à des tendances. En haut à droite et en bas à gauche pour être précis. Comme si des forces contraires tiraillaient son corps, celui-ci se tord et gigote, suivant la tendance. Son visage, ses chevilles et poignets ont donc une orientation tendancieuse.
En début d'année, je lui avait demandé de lire en classe. Elle s'était levée, longuement tortillée, très longuement, puis les autres élèves m'avaient dit qu'elle était muette. J'étais fier de moi.
Avec cela, prodigieusement intelligente, comme il se doit (vous avez remarqué aussi ? un obèse est toujours étonnement véloce, un handicapé mental riche d'un supplément d'humanité - à quoi ça tient quand même - et d'une force de boeuf (peut-être est-ce pour cela que certains régimes les castraient?) et les handicapés physique ont toujours un esprit surprenant. Ce sont les règles de toute histoire correcte. Pour Niaina, c'est chiffrable, elle a de loin les meilleures notes de la classe.)
Il y a quelques jours, Niaina s'est retrouvée chez moi en compagnie d'une autre élève, la maraîchère, peut-être vous rappelez-vous. Elles venaient commander des photos de la dernière sortie scolaire (un jour je raconterai peut-être). L'autre demoiselle en profitait aussi pour se faire tirer le portrait.
J'étais très heureux car c'était la première fois que je discutais avec Niaina; qui n'était pas du tout muette, mais dont les cordes vocales devaient aussi souffrir des tendances susnommée. Elle parlait donc d'une voix blanche, je veux dire dans un souffle, par hachements.
C'est là qu'elle m'a demandé, tout en me menaçant du sourire et du doigt si jamais je racontais ça, de lui faire tirer une photo de Razaah.
 "Il est tellement beau, mais tu dis rien, hein !"
Et comme son amie lui demandait si elle ne voulait pas aussi son propre portait, Niaina m'a, avec simplicité et la hache de sa voix fêlée, fendu le coeur.
D'un ton de lucidité résignée qui n'admettait pas de contradiction sans pour autant se départir d'une triste douceur, elle nous a répondu: " Non, moi je suis laide."

par Lemaire publié dans : Madagascar
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Mardi 7 juin 2005
Je peux bien le raconter: ce n'étaient pas des vacances, ça faisait même partie de mon cahier des charges. Activités parascolaires qu'on appelle ça. C'est vous dire si je suis consciencieux dans mon travail !
Deux taxis-brousse pleins de chansons incompréhensibles. C'est un départ en voyage d'étude. Dirai-je que nous dormions dans une école, couchés sur des pupitres branlants ? Que nous nous douchions dans la cour, à la pompe, sous les regards rieurs des élèves que nous distrayons de leur labeur? Que nous mangions chaque jour un kilo de riz par personne accompagné dès le matin de viande boucanée, de fèves, de pâtes et de pomme de terre ? Rien que de très habituel somme toute.
Ce qui m'étonnait le plus, finalement, c'était la sagesse des élèves. Sans broncher, dès avant l'aube, ils préparaient la popote, faisaient la vaisselle des professeurs.
Et si peu de débordements ! Lorsqu'au soir, nous les abandonnions vers 20h pour aller boire un verre entre enseignants, nous revenions une heure plus tard et les trouvions tous sagement endormis, les garçons d'un côté et les filles de l'autre.
Bien sûr, l'un ou l'autre fit une fois l'apprentissage de la cuite, à la malgache, c'est à dire jusqu'à l'écroulement en inconscience. Ses camarades le portaient alors jusqu'à son lit - son pupitre - et puis voilà. Le lendemain, il n'y paraissait plus. Mais ils furent rares. J'ai compté trois de ces incidents, sur la quarantaine d'élèves et les cinq jours.
Me revenaient en mémoire les voyages d'études auxquels j'ai participé en Suisse. C'était, comment dire ? différent.
Nous n'avons pas visité de musée d'art abstrait (ah Amsterdam...), ni de splendeurs historiques (ah Istanbul...), mais des usines. J'eus le plaisir de découvrir un nouveau métier, s'il me venait l'envie de me recycler: dans une fabrique d'allumettes, une vingtaine d'employées passaient leur journées à remplir les boîtes à la main. Quarante allumettes par boîte. Depuis, lorsque j'en achète, je vérifie. Le compte y est.

Alors voilà, grand fut mon plaisir de jeter à la mer ces pauvres jeunes qui ne m'avaient rien fait et qui ne savaient pas nager.
Lorsqu'arriva le tour de Claudine, qui n'avait vraiment pas envie de se mouiller, elle se jeta sur le sable en criant : "Non non msié, non, pardon, pardon, m'sié, pardon! " Bon, je pardonnai, je ne sais trop quoi, mais j'imitai le ptit Jésus et m'en alla crucifier quelqu'un d'autre. (me revenait à l'esprit cette mauvaise blague disant qu'il est heureux que le ptit Jésus en question eût été cloué au bois plutôt que noyé, sans quoi nous aurions eu l'air con avec un aquarium autour du cou... Tiens, il paraît qu'il y a des requin dans cet océan de Tamatave. Je ne suis pas très à l'aise avec la concordance des temps après un subjonctif passé.)
Comme un gamin, je m'en allai aussi me faire transballoter par des vagues énormes, jusqu'à m'en ensanglanter coudes et genous
(oui, je sais qu'il y a un x a la fin de coudes, mais c'est pour voir si vous êtes attentifs).
Et grande fut ma honte me rendant compte que certains de mes propres élèves ne savaient pas demander en français qu'on les prenne en photo.
Dans la soirée, un taureau qui empruntait tout seul l'avenue de l'Indépendance, entre la banque centrale et la mairie, suivant l'allée de palmiers, n'a pas su non plus me demander de lui tirer le portrait, mais je l'ai quand même fait.

Non, ce n'est pas le taureau en question, il n'y a pas de palmier sur cette photo, c'est M. Solo, le grand chef du voyage, devant quelques élèves.

Au retour donc, je leur appris des choses importantes : "S'il-vous-plaît, pouvez-vous me prendre en photo ?" ou bien "J'ai besoin d'aller au toilettes."
Je les félicitai ensuite de leur belle conduite avant de leur demander de rédiger un bref texte, racontant une journée de ce voyage.
Et je vous livre sans correction ce que me rendit ma meilleure élève. Elle s'appelle Landi. Je ne cacherai pas que j'ai été un peu surpris.


"Pendant les vacances de Pentecôtes nous les classes de 1er A nous avons été à Tamatave. Le premier jour moi et mes amis nous avons baladée dans le quartier qui s'appelait Tanambao V la-bàs nous smmes rentrées dans un restaurant et nous avons bus de l'alcool. C'est la 1er fois de notre vie quand n'a bus. Et c'a été une expérience vraiment géniale parce que nous touse nous avons soulé et ça été vraiment magnifique parce que on se protégeait les uns après les autres. Le lendemain nous avons baladé bord de la mer avec les encadreurs, nous avons joué ensemble, nager, on a aussi fait des sécances photos avec les amis.
Malheureusement les vacances était vraiment court mais on aimait que ça a durait 1 mois. Mais tempis. Tout est bien qui finis bien.
Mais on a pensée quand va refaire notre voayage l'année prochaine et on a pensé de l'aproffondir le plus possible."

Quelque chose m'aurait-il échappé ?


par Lemaire publié dans : Madagascar
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Dimanche 5 juin 2005
Il est bientôt 7h du matin. Depuis deux heures, les gosses jouent au basket sous mes fenêtres, depuis une heure et demi, les filles chantent en se douchant face à mes autres fenêtres, depuis une heure, une cloche tenace tinte pour rassembler les internes, depuis 5 minutes, la sirène de l'école hurle que les cours vont bientôt commencer.

Je suis réveillé, donc, lorsque Marinnah frappe à ma porte. Marinnah Louise Rolande, pour être précis (les noms ici me sont poésie !), est une de mes élèves de terminale. Cela signifie qu'elle va passer son bac en juillet et donc devoir cracher une toute petite dissertation en français, entre autre. Grande, assez foncée, assez jolie, a toujours sur le nez une paire de lunettes à montures dorées et aux oreilles deux boucles d'or qui lui donnent un air d'assistante de direction plutôt inhabituel dans ces campagnes. Que dire d'autre sinon qu'elle vient régulièrement ici et ne manque jamais d'user de ses regards envieux les photos que mes frères m'ont envoyées sur lesquels ils posent en rockers cuir et paillettes ? Je crois bien qu'elle attend l'arrivée du plus grand des deux avec quelque impatience. Cela ne la pousse pas pour autant à écouter mes cours, et moins encore à y participer.

Marinnah a un cours de gym ce matin, ce qui fait qu'elle porte short cotonneux rouge et t-shirt vert vif (l'uniforme de rigueur en de telles circonstances )ce qui est du plus bel effet avec les lunettes et boucles précitées.

- Bonjour Ram'sé (si j'ai bien compris, "ra" est une marque de politesse et m'sé l'apocope de Monsieur, mais c'est une interprétation personnelle) est-ce que tu moi un peu prête le sillichaus et poivre ? Le dérangement pardon.

- Le quoi ? (J'entends rire dans le corridor.) Elle regarde alors le papier qu'elle tenait à la main, remet les mots dans l'ordre et réessaie, en vain. Elle ne goûte manifestement pas beaucoup la scène.

Je m'approche donc du papier et lis, d'une écriture qui n'est pas la sienne : " Est-ce vous pouvez nous donner un peu de poivre et de chili sauce pour le repas de midi ?"

Voilà, elle voulait du ketchup, il a fallu qu'une copine lui écrive comment demander, et même ainsi... Il faudrait qu'elle bosse le langage des signes en attendant le petit frère.

Il est bientôt 7h du soir, il fait déjà nuit noire, les poules dorment dans leur corbeille. Debout au bord de la route, nous devisons gaiement en regardant passer les ombres de charrettes à zébu lorsqu'on m'agrippe solennellement par la manche.

C'est la bibliothécaire. Ai-je déjà dit que son rire est insupportable ? Au delà de tout. Chaque fois qu'elle me voit, puis en ponctuation de chacune de ses phrases (même pour m'annoncer que le fils de sa cousine a dû être hospitalisé d'urgence) elle émet un gloussement dindonnesque qui se marie au mieux avec sa bedaine de femme riche. (Elle et son mari sont employés à 100% à l'école, mais possèdent en plus quelques maisons et une épicerie qui marche plutôt bien.) Pour compléter ce méchant (de ma part) portrait, sachez qu'elle voue un amour sans limite aux bibelots en plastique fluo made en Chine, aux velours violets, aux fleurs roses en tissus collé et aux bigoudis.

-Pardon David, mais il faut que je te parle. Vois-tu, depuis que tu es arrivé, nous t'aurions bien invité à manger, mais à midi en semaine on n'a jamais le temps, avec seulement deux heures; et puis le week-end, on doit aller faire des achats pour l'épicerie et le dimanche en général, on reçoit des amis, ou de la famille. Donc on ne peut t'inviter, pardon, pardon.

Est-il utile de vous dire, si vous avez lu certains comptes-rendus des invitations que j'ai reçues, que je tâchai de la rassurer, affirmant que ce n'était pas grave du tout, que je comprenais très bien, que c'était normal et tout le reste?

- Alors bon, comme on voulait tout de même t'inviter à manger, on te donne ça.

Et elle m'offre cérémonieusement un sac en plastique transparent contenant deux oeufs, un paquet de spagh et un cube de bouillons. Il va sans dire aussi que je me suis confondu en remerciements soulagés et non moins cérémonieux.

Il est passé 7h du soir, une fois rentré, la porte trembla. C'était Marguerite (une élève, pas une zébute ! on n'est pas en Europe) et Marina kely. Elles tenaient une large bassine verte avec dedans du jaune. Ça avait dû être des macaronis.

- M'sieur, est-ce que tu peux nous aider ? On aimerait cuire ça parce que bientôt ce ne sera plus bon.

Et de fait, ça avait plutôt une sale gueule dedans la bassine. On m'explique que ce sont les restes du pic-nic d'il y a deux jours et qu'il faut se dépêcher avant que ce soit tout à fait moisi. Je trouve tout ça assez courageux, mais bon. J'allume le gaz, leur offre mes dernières tomates, plein plein d'huile puis les laisse faire. Il n'était qu'un élément que je n'avais pas prévu : la serviabilité. Maudite serviabilité qui leur fit, alors que tranquillement je rédigeais des questions d'examen dans la pièce voisine, m'apporter une assiette remplie de leur mixture. Il y avait des morceaux de poisson, tiré je ne sais d'où, plein plein d'huile et "c'est déjà abîmé mais je crois que c'est encore mangeable, demain ç'aurait été tout à fait moisi"...

- Merci, mais il ne fallait pas, vous savez ! Et comme elles s'apprêtaient aussi à avaler tout ça, je ne pouvais me dérober. Ah Seigneur, que n'eussé-je donné pour un soupçon d'ingratitude !
par Lemaire publié dans : Madagascar
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